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Lettre ouverte – Bars rayés dans le Saguenay : le statu quo n’est plus une option!

10 juin 2025

La Baie, le 11 juin 2025


Lettre ouverte à Environnement et Changement climatique Canada ainsi qu’à Pêches et Océans Canada.

Libre de publication intégrale par les médias.


Bars rayés dans le Saguenay : le statu quo n’est plus une option!


Avant les années 1960, le bar rayé était abondant dans le fleuve Saint-Laurent. Très prisé des pêcheurs sportifs pour sa combativité, il a toutefois disparu à la fin des années 1960, la dernière capture ayant été signalée en 1968. En novembre 2019, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a officiellement reconnu la population historique du fleuve comme disparue.


En 2002, après 34 ans d'absence, les gouvernements fédéral et provincial ont lancé un programme de réintroduction du bar rayé dans le fleuve Saint-Laurent à partir de spécimens de la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick, élevés en pisciculture. Entre 2002 et 2019, ce sont plus de 3 372 géniteurs, 35 millions de larves et 25 634 juvéniles qui ont été ensemencés. Selon Pêches et Océans Canada, les ensemencements ont été suspendus en 2019 et 2020, les données indiquant qu’ils ne sont plus nécessaires à court ou moyen terme.


Bien que cette nouvelle population soit suivie depuis 2002, le plus récent rapport d’évaluation de Pêches et Océans Canada remonte à 2021. Le bar rayé du fleuve Saint-Laurent a été désigné espèce en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) en 2019.
Source : Blackburn, Roger. « Pas de pêche au bar rayé dans le Saguenay avant cinq ans. » Le Quotidien, 29 août 2021.


Une situation préoccupante dans le Saguenay
Depuis 2017, la présence du bar rayé dans le fjord du Saguenay suscite une vive inquiétude. De plus en plus de pêcheurs y capturent cette espèce de manière accidentelle dès le mois de mai, et ce, tout au long de l'été. Il est important de rappeler qu’historiquement, le bar rayé n’a jamais été présent dans le Saguenay.


La communauté de pêcheurs locaux, mobilisée depuis plusieurs années, déplore le manque de reconnaissance scientifique et politique face à cette situation exceptionnelle. Le 5 juin 2025, la découverte par des pêcheurs d’un banc de bars rayés dans la Rivière-à-Mars — en pleine période de dévalaison des saumoneaux — a causé une onde de choc pour la communauté. Cette rivière abrite une population de saumon atlantique déjà en situation précaire, et la prédation par le bar rayé pourrait compromettre sérieusement ses chances de rétablissement.


Face à cette situation, l’inaction n’est plus une option.


Ce que nous proposons
Contact Nature reconnait l’importance d’une gestion rigoureuse et fondée sur la science. Or, très peu de données sont actuellement disponibles sur la population de bars rayés dans le Saguenay. Les chercheurs ignorent sa structure d’âge, sa taille, sa croissance, son régime alimentaire et, surtout, son origine natale. Pour évaluer son impact sur l’écosystème local, il est urgent d’acquérir ces connaissances.


Si les individus présents proviennent des populations du Saint-Laurent ou de la Miramichi, il est aussi possible qu’une population distincte ait émergé dans le Saguenay — hypothèse qui ne peut être ni confirmée ni infirmée en l’absence de données scientifiques.


Heureusement, la région possède une expertise halieutique exceptionnelle. Elle abrite notamment une Chaire de recherche sur les espèces aquatiques exploitées, reconnue pour sa capacité unique à analyser les otolithes dans l’est du Canada. De plus, un modèle de gouvernance participative mobilisant activement les pêcheurs a déjà démontré son efficacité : entre 2022 et 2025, plus de 1 500 pêcheurs ont contribué à une démarche scientifique pour le flétan de l’Atlantique.


Compte tenu de cette expertise et de l’urgence d’agir, nous demandons formellement l’autorisation d’Environnement et Changement climatique Canada (ECC) ainsi que de Pêches et Océans Canada (MPO) pour capturer, à des fins scientifiques, entre 250 et 500 bars rayés dans le Saguenay dès cette saison 2025.


Nous concevons que le bar rayé est actuellement protégé sous la Loi des espèces en péril (LEP) et que normalement, un permis scientifique pour capturer une espèce sous protection de la LEP ne permettrait pas une mise à mort. Or, afin d’étudier les structures d’âge, la croissance et les origines natales, les chercheurs ont besoin de prélever les otolithes situés dans la tête des bars rayés. Ainsi, une mise à mort est malheureusement indispensable, sans quoi, les recherches ne mèneront à aucune conclusion sur ces aspects de grande importance.


Un appel à la responsabilité et à la considération du milieu

Depuis trop longtemps, la situation particulière du Saguenay est minimisée et les ministères ECC ET MPO ne démontrent aucune écoute, ouverture ou considération pour les alertes lancées par les pêcheurs d'ici, les pêcheurs qui connaissent intimement le Saguenay. Pourtant, les enjeux sont potentiellement majeurs et irréversibles. Si la présence non anticipée d’une espèce protégée par la LEP menace les populations indigènes de saumon atlantique, de truite de mer ou d’éperlan arc-en-ciel, cela constituerait un non-sens écologique. Une telle issue provoquerait une indignation profonde et justifiée de la communauté de pêcheurs à l’égard de l’inaction du gouvernement fédéral.

Nous lançons donc un appel à une gestion plus ouverte et respectueuse de la réalité régionale, à la hauteur de cette situation exceptionnelle. Il est temps de reconnaître et d’agir face à la réalité du bar rayé dans le Saguenay.

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